23 March 2020
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Déroutant pour les personnes qui croient au peuplement paléolithique de la Suisse comme pour celles qui se persuadent de pouvoir réserver le meilleur hôtel possible sur Internet, cette conférence — basée sur l’essai éponyme (Hypertopie, La Baconnière, 2019) — s’attaque aux formes prises par l’utopie dans l’histoire moderne et contemporaine. André Ourednik partira du rêve des penseurs humanistes pour montrer que l’utopie est mise au service de la manipulation de la réalité à des fins idéologiques. Cette instrumentalisation de l’utopie connaît aujourd’hui une curieuse métamorphose :l’hypertopie, symptôme du changement profond de notre rapport au monde.

Alors que l’utopie est à la fois un « non-lieu » et le «  meilleur lieu possible », l’hypertopie est une utopie totale. Selon l’auteur, elle naît de la conjonction de l’archivage en masse des données et de leur accessibilité instantanée par l’internet et se définit comme un lieu unique, un immense « partout » comparable à une singularité de l’information. Utopie et hypertopie ne sont pas ici synonymes d’idéalisme humaniste, mais sont présentées du point de vue de leurs effets retors. L’utopie, si elle est tournée vers le futur, est surtout projetée sur le passé, à l’image de cet homo helveticus idéal que les scientifiques ont façonné sur la base d’une impossible Suisse paléolithique. Les passés utopiques confinent dès lors le présent, voire s’y matérialisent par le truchement d’interventions armées : la destinée de la Crimée n’est-elle pas qu’une superposition de deux utopies ? Mais toutes ces utopies s’anéantiront d’elles-mêmes dans l’hypertopie qui, développe l’auteur, n’admet plus d’ailleurs, plus de hasard, plus d’oubli, plus d’arbitraire. L’être humain s’y retrouve surdéterminé et dans l’impossibilité de penser « l’existence d’un soi-même, autre que soi-même ». Il faut dès lors chercher une issue de l’hypertopie, une tricherie salutaire semblable à celle qu’invoquait Roland Barthes en nous rendant attentifs au huis-clos du langage. Cette issue situe-t-elle peut-être dans dans la fiction et dans une épistémologie fondée dans le croisement d’itinéraires de pensée.


Confusing for people who believe in the Palaeolithic settlement of Switzerland as for those who believe they can book the best possible hotel on the Internet, this conference - based on the eponymous essay (Hypertopie, La Baconnière, 2019) - will tackle the forms taken by utopia in modern and contemporary history. André Ourednik will start from the dream of humanist thinkers to show that utopia is used to manipulate reality for ideological purposes. This instrumentalization of utopia is today undergoing a curious metamorphosis: hypertopia, a symptom of the profound change in our relationship with the world.

While utopia is both a "no place" and the "best place possible", hypertopia is a total utopia. According to the author, it arises from the conjunction of mass archiving of data and its instantaneous accessibility via the Internet and is defined as a single place, a huge "everywhere" comparable to a singularity of information. Utopia and hypertopia are not synonymous here with humanist idealism, but are presented from the point of view of their devious effects. Utopia, if it is turned towards the future, is above all projected onto the past, in the image of this ideal homo helveticus that scientists have shaped on the basis of an impossible Paleolithic Switzerland. Utopian pasts therefore confine the present, or even materialize through armed intervention: is not the destiny of Crimea only a superposition of two utopias? But all these utopias will resorb themselves in hypertopia which, the author develops, no longer admits more, more chance, more forgetfulness, more arbitrariness. The human being finds himself overdetermined and in the impossibility of thinking "the existence of a self, other than oneself". We must therefore seek a way out of hypertopia, a salutary cheating similar to that invoked by Roland Barthes by making us attentive to the confinment of language. This issue perhaps lies in fiction and in an epistemology based on the crossing of thought lines.