Équipements Énergivores, Inégalités d’Accès et Faible Intégration des Renouvelables : Radiographie des Usages Domestiques de l’Électricité à Lomé

18 Sept 2025, 17:00
20m
Contributed Oral Presentation Physics Research Contributed talks

Speaker

Abdoul-Razak ALI-TAGBA (University of Lomé)

Description

Dans un contexte de précarité énergétique persistante au Togo — où seulement 55,4 % de la population avait accès à l’électricité en 2020 [1] —, cette étude analyse les déterminants socio-économiques, comportementaux et spatiaux de la consommation électrique résidentielle à Lomé. S’appuyant sur une enquête menée en 2025 auprès de 1 094 ménages, elle mobilise une approche méthodologique mixte articulant données quantitatives issues de compteurs intelligents, entretiens semi-directifs, et analyse des factures d’électricité.

Les résultats révèlent une hétérogénéité marquée des profils de consommation. Une majorité de ménages dépend d’appareils énergivores (85 % utilisent des climatiseurs et 62 % des réfrigérateurs), avec des pics de consommation concentrés entre 18h et 22h pour 72 % des foyers. L’instabilité de la fourniture électrique pousse 62 % des ménages à recourir à des sources alternatives (gaz, groupes électrogènes), exacerbant la vulnérabilité énergétique des populations [2]. Les pratiques d’efficacité énergétique restent limitées : seulement 27 % des répondants utilisent des équipements certifiés performants, et 65 % adoptent des gestes élémentaires comme le débranchement d’appareils en veille [3].

L’étude met en évidence une corrélation significative entre le capital culturel — mesuré par le niveau d’instruction du chef de ménage — et les comportements écoresponsables (r = 0,68 ; p < 0,05), confirmant les travaux de Stern sur l’influence des variables cognitives sur les comportements environnementaux [4]. Les inégalités socio-spatiales sont notables : les zones périurbaines consomment 34 % d’électricité en moins que les quartiers centraux, mais recourent davantage à des sources non électriques. En outre, les ménages modestes (65 % de l’échantillon) consacrent jusqu’à 15 % de leur budget mensuel à l’énergie, contre 8 % pour les foyers aisés, illustrant une forme d’injustice énergétique [5].

Malgré un fort intérêt pour les énergies renouvelables (85 % se déclarent favorables), leur adoption demeure marginale en raison de barrières financières (coûts initiaux jugés prohibitifs par 85 %) et informationnelles (seuls 40 % ont consulté un professionnel) [6]. Ces constats rejoignent les analyses de l’IRENA sur les freins à la transition énergétique en Afrique subsaharienne [6].

L’étude recommande la mise en œuvre de politiques intégrées : subventions progressives pour les ménages à faible revenu, sensibilisation ciblée à l’efficacité énergétique, et déploiement de micro-réseaux hybrides à base solaire, en cohérence avec les recommandations de l’ASHRAE pour les climats tropicaux [7]. Elle contribue ainsi au débat sur la ville durable et bas-carbone en Afrique de l’Ouest [8], en soulignant l’urgence d’articuler équité énergétique, résilience urbaine et justice sociale.

Références

[1] Banque Mondiale, Togo: Profil énergétique 2020.
[2] African Development Bank, West Africa Energy Outlook, 2022.
[3] International Energy Agency, Africa Energy Outlook 2022, 2023.
[4] P. C. Stern, "Toward a coherent theory of environmentally significant behavior," J. Social Issues, vol. 56, 2000.
[5] S. Bouzarovski and S. Petrova, "A global perspective on domestic energy deprivation," Energy Res, vol. 10, pp. 31–40, 2015.
[6] IRENA, Renewable Energy Market Analysis: Africa and Its Regions, 2020.
[7] ASHRAE, Handbook—HVAC Applications, 2019.
[8] S. Parnell, "Defining a Global Urban Development Agenda," World Development, vol. 78, 2016.

Abstract Category Energy

Author

Abdoul-Razak ALI-TAGBA (University of Lomé)

Co-author

Dr Mazabalo BANETO (University of Lomé)

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